Colloque : "L'école primaire au 21e siècle"

12-14 octobre 2021

CY Cergy Paris Université - Site des Chênes 

 

Argumentaire

PROJET SCIENTIFIQUE

Tandis que la recherche est convoquée, dans les discours politiques et médiatiques, pour créditer ou pour disqualifier des orientations pédagogiques et didactiques parfois contradictoires, la formation des enseignants et les modalités d’enseignement/apprentissage continuent de susciter des débats importants. L’école primaire fait l’objet d’évolutions et d’attentes qui, à l’heure du numérique et des évaluations internationales, interrogent la posture de l’enseignant, son rôle, ses responsabilités, son expertise. Dans ce contexte, il parait nécessaire de dresser l’état de la recherche qui, dans différentes spécialités, s’intéresse à l’école maternelle et élémentaire.

 De nombreux colloques spécialisés sont régulièrement organisés dans des cadres universitaires (sur l’école maternelle, l’éducation prioritaire, les pratiques inclusives, des questions didactiques ou pédagogiques, etc.) ; des syndicats enseignants, des mouvements pédagogiques et d’éducation populaire contribuent par des rencontres impliquant des chercheurs spécialistes, à la diffusion des débats scientifiques et des résultats des recherches. Cet appel à contribution veut témoigner de la richesse de ces travaux et ouvrir des espaces permettant de les organiser, de les mettre en dialogue mais aussi en réseau à l’occasion d’un colloque universitaire généraliste et d’ampleur.

 Il s’agira d’établir un inventaire synthétique des principales problématiques scientifiques (récurrentes et inédites) portant sur l’école primaire française et de dessiner des liens avec le contexte international de la scolarisation primaire en identifiant :

➢ Les domaines les plus travaillés et les avancées les plus notables, les résultats faisant consensus et ceux faisant controverse ;

➢ la portée prédictive, programmatique ou transformatrice de certains travaux, le caractère itératif des expérimentations ou des dispositifs qui les sous-tendent, les questions émergentes et les nouveaux objets ;

 ➢ la manière dont la recherche se construit et évolue, celle dont ses problématiques bifurquent, se réorientent ou s’adaptent aux enjeux de l’école ; 

 ➢ les éléments de contexte susceptibles de favoriser ou de rendre complexes le développement et la diffusion de ces recherches, les réseaux qui la prennent en charge, les possibles rencontres entre les spécialistes qui y contribuent, leur insertion dans les réseaux internationaux ; 

 C’est parce que nombre de ses travaux traitent des problématiques associées aux champs de l’école et de la formation des enseignants du premier degré que le laboratoire ÉMA, qui adosse les mentions MEEF[1] de l’Inspé de l’académie de Versailles, avec le LDAR et Paragraphe, propose de travailler ces enjeux scientifiques. Depuis la publication en 2014 de son ouvrage collectif École et mutation[2], il continue de s’interroger sur ce qui se joue sur différentes échelles temporelles, par-delà la succession de réformes, attentif à l’émergence de processus de subjectivation qui transforment la part prise par les différents acteurs, élèves inclus, et reconfigurent l’espace et le temps scolaires en même temps que l’élaboration des savoirs. Aussi, les axes de travail pourront se traduire à la fois en communications de recherche, en présentation d’expériences et en confrontations.

 AXES DE TRAVAIL

Cinq axes de travail structureront les échanges scientifiques : 

Savoirs scolairesLes travaux porteront sur les savoirs scolaires et sur les supports qui, mobilisés en contexte scolaire, permettent leur élaboration. Cet axe s’intéresse plus particulièrement aux recherches en didactique et en pédagogie à l’école primaire et aux apports des disciplines contributives (sociologie, sciences cognitives, etc.) ; leur statut respectif pourra être mis en perspective avec la situation d’autres pays. Une attention sera portée à « l’importance, pour tout projet de transformation de l’École, d’une compréhension et d’une explication fondamentales de l’action enseignante telle qu’elle se manifeste dans les pratiques ordinaires »[3]. Dans une perspective multiréférentielle, on cherchera à faire émerger des relations entre des champs d’objets et des dimensions d’analyse souvent disjoints et séparés dans les recherches (par exemple, processus d’apprentissage/organisation de l’espace scolaire, approches cliniques/approches sociologiques, etc.). À l’école primaire, ceci conduit aussi à mettre en exergue la question de la polyvalence et, dans la recherche, celle de la pluridisciplinarité.

 Processus et dispositifs. Suivant une perspective fonctionnaliste, cognitiviste ou suivant toute autre approche qui s'avérerait pertinente, cet axe sera nourri des travaux qui visent à décrire, interpréter et/ou mesurer l'efficacité des dispositifs d’enseignement-apprentissage ou de formation (analyse de l’activité des enseignants et/ou des élèves, des usages des outils d’apprentissage dont les technologies numériques, etc.). Ils permettront d’appréhender la complexité des processus à l’œuvre dans les apprentissages. La constitution des corpus et leur mise à disposition de la communauté scientifique pourra faire l’objet d’une réflexion épistémologique. Cet axe est directement complémentaire du précédent qui porte sur les savoirs scolaires.

 ➢ Institutions en contextes. Il s’agira d’évaluer la place de l’école primaire dans le système éducatif (définition des « fondamentaux » en lien avec le « socle commun », place des disciplines scolaires, spécificité/mutations de la maternelle et articulation avec l’élémentaire, etc.) et d’interroger les mutations professionnelles qui touchent les différents métiers des acteurs de l’école et, plus particulièrement, le métier d’enseignant (mutations dans les pratiques d’enseignement et de formation), ce qui modifie aussi les représentations de l’identité professionnelle. Il sera utile d’identifier les mutations de la population des enseignants elle-même, liées notamment à l’universitarisation de la formation initiale (en particulier depuis le passage de l’instituteur au professeur des écoles en 1989). Cette entrée portera donc sur les politiques éducatives et de formation. Elle nécessitera d’analyser le jeu des acteurs qui font l’école d’aujourd’hui, ainsi que les contraintes ou les opportunités qui sont les leurs à l’échelle du territoire national, mais aussi au regard du cadre international. La notion de territoires éducatifs, incluant l’école dans un ensemble plus vaste, sera également analysée. Il conviendra enfin, pour favoriser la mise en réseau des travaux de recherche, de s’intéresser à la façon dont ces derniers sont conçus suivant une perspective historiographique ou critique : les problématiques abordées, les réseaux qui les traitent, l’évolution des objets travaillés ou de la façon de les étudier, etc.

  Alternatives en (et) débats. On évoquera, dans cet axe, les transformations institutionnelles ou informelles et les nouvelles formes d’organisation du travail à l’école primaire questionnant la forme scolaire (par exemple, individualisation, école inclusive, numérique, pédagogies alternatives, différenciation, etc.). Il s’agira notamment d’interroger les réponses, possibles ou débattues, à la nécessaire prise en charge de la singularité et de la différence en contexte scolaire, des modalités d’inclusion aux pratiques d’externalisation de la difficulté scolaire. Ce faisant et à l’heure où certains militent pour des pratiques d'enseignement d'excellence (non élitistes) dans les écoles populaires (par exemple, Connac, S., 2017[4]), il serait utile d’examiner la progression du recours à des écoles privées – qu’elles soient ou non alternatives – ou comme l’avance F. Dubet (2014[5]), la préférence pour l’inégalité des catégories socialement dominantes ou moyennes supérieures. Les évolutions des rapports de l’école avec les autres acteurs de l'éducation (parents, collectivités locales, associations, institutions culturelles, etc.) pourront encore être évoquées. Que les travaux s’inscrivent ou non dans une perspective interactionniste, il conviendra d’interroger la multiplicité des formes et des contextes d’apprentissages en les confrontant aux modalités de formation et d’apprentissage mises en œuvre hors-école (formation d’adultes, auto- et inter-formation en ligne, « instruction en famille », etc.).

 ➢   Recherche et formation. Les rapports entre recherche, expérimentation et formation pourront être abordés selon les perspectives et thématiques dessinées par les quatre premiers axes. Ceci sous forme de présentations d’expérimentations pédagogiques proposées par des équipes pédagogiques ou des partenaires associatifs ou institutionnels, des scénarios de formation proposés par des équipes de formateurs ou encore des symposiums recherche-formation interrogeant l’appropriation critique de la recherche en formation initiale ou continue des enseignants du premier degré. Ces contributions portant sur l’expérimentation pédagogique et la formation à/par la recherche en formation initiale ou continue des enseignants du premier seront principalement présentées le mercredi 13 octobre 2021 sur les différents sites de l’Inspé de l’académie de Versailles.

 


[1] MEEF : métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation.

[2] Meskel-Cresta, M., Nordmann, J.-F., Bongrand, P., Boré, C., Colinet, S., Élalouf, M.-L. (dir.) (2014). École et mutation. Reconfigurations, résistances, émergences. Bruxelles : De Boeck.

[3] M.-L. Shubaer-Léoni et J. Dolz , « Comprendre l'action et l'ingéniosité et l'action didactique de l'enseignant: une composatne essentielle de la transformation de l'école » in Jean-Paul Bronckart et Monica Gather Thurler (dir.) (2004). Transformer l'école. Raisons éducatives. De Boeck Université.

[4] Connac, S. (2017). Enseigner sans exclure. La pédagogie du colibri. Paris : ESF.

[5] Dubet, F. (2014). La préférence pour l’inégalité. Comprendre la crise des solidarités. Paris : Seuil.

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